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Santé – Quels sont les risques de la boxe ?

Médecin en exercice à la Fédération Française de Boxe depuis une vingtaine d’années, le Docteur Amine Mokhtar Benounnane a officié sur plusieurs centaines de réunions. Il partage avec nous son expertise et son expérience.

Cet article est un extrait du magazine Dans le Ring

Docteur Amine Mokhtar Benounnane © Agglomération de Cergy-Pontoise

Le rôle du médecin

Je suis impliqué au niveau du comité régional d’Ile-de-France. Je contrôle les licences et les certificats médicaux chez les amateurs. Au niveau fédéral, je vérifie les examens médicaux de tous les boxeurs professionnels français. Pendant les compétitions, on pratique l’examen médical des boxeurs avant le combat. Au pied du ring, on est prêt à intervenir lorsqu’un boxeur a un problème quelconque, le plus souvent à la demande de l’arbitre. A la fin de la réunion, le médecin de ring ne part jamais sans s’assurer que tous les boxeurs sont en bonne santé. Éventuellement, on peut prescrire des examens ultérieurs et des interdictions de combattre de plus ou moins longue durée.

La boxe, un sport non raisonnable

En montant sur le ring, les boxeurs savent qu’ils peuvent risquer leur santé. Le boxeur n’est pas raisonnable et paradoxalement, celui qui se préoccupe le moins de sa santé, c’est lui-même. Pour pratiquer un sport de combat, on ne peut pas être raisonnable. Ce sont des sports extrêmement exigeants, les entraînements sont très durs…

Aucun médecin ne vous dira que c’est bien de prendre des coups, ni d’en donner. Le corps humain n’a pas été conçu pour ça. Je ne peux pas vous dire que la boxe est un sport qui fasse toujours du bien à la santé.

L’évolution de la boxe amateur 

Dans les années 80, a été mis en place le port du casque et de la scoring machine en boxe amateur. Il y avait une volonté à rendre la boxe moins violente. Le casque ne protège que très peu le cerveau, mais c’est une barrière psychologique. Quand on met un casque, il ne s’agit plus de se faire mal, on se protège. Le retrait du casque, signifie qu’il n’y a plus de protection. Ce que j’observe depuis quelques années, c’est que la boxe amateur est devenu plus dure. Elle n’est plus aussi technique, avec des coups au corps. Je vois deux types qui se donnent principalement des coups à la tête en cherchant le coup dur. Avant, il fallait marquer des points. Avec le retrait du casque, la finalité c’est le KO.

J’insiste sur les boxeurs amateurs qui sont plus nombreux et boxent plus régulièrement. Les conséquences à long terme peuvent être dramatiques. Le retrait du casque est récent. Nous n’avons pas encore assez de recul pour mesurer son impact.

« A la fois un spectacle, un sport et un travail, il est difficile de garder un équilibre dans la boxe professionnelle »

Les risques de la boxe

Le cerveau est un organe extrêmement fragile protégé par la boite crânienne. Lorsque l’on reçoit des coups, deux phénomènes possibles peuvent se produire, parfois simultanément, des micro-saignements ou un œdème qui augmente le volume de la masse cérébrale. Le cerveau va prendre du volume et cela va créer une compression dans la boîte crânienne. La seule solution, c’est le repos. Pas d’entraînement, pas de jogging, rien. Le plus dangereux c’est l’accumulation des coups sans donner le temps au cerveau de récupérer.

©Showtime Boxing

Les accidents

Il existe deux problèmes majeurs. Tout d’abord, concernant les pratiquants de plusieurs disciplines. En boxe anglaise, un boxeur qui prend un KO, va être arrêté au minimum un mois. Mais rien ne l’empêche d’aller faire un combat de muay thaï, de boxe française… Depuis plusieurs années, on essaye de mettre en place un passeport interfédéral pour faire circuler l’information entre toutes les fédérations après un KO ou une commotion cérébrale d’un combattant.

Le deuxième grand danger, ce sont les boxeurs qui font des entraînements extrêmement durs, prennent des KO et remontent sur le ring quelques jours plus tard. Ces cas-là, on ne peut pas les contrôler. Je pense personnellement que c’est ce type de cas qui provoque des accidents graves. Malgré le KO, la perte de connaissance ou la commotion cérébrale, le boxeur remonte sur le ring immédiatement.

La déshydratation

Le cerveau est un organe principalement constitué d’eau. Lorsque l’on se déshydrate l’eau disparaît là où il y en a. Les pertes de poids trop brutales peuvent ainsi aggraver les commotions cérébrales. Le cerveau se déshydrate tout comme les tendons ou d’autres organes chargés d’eau. C’est pour cela que l’on observe plus de tendinites chez les boxeurs qui ont mal géré leurs pertes de poids.

Je vois parfois passer des examens médicaux de boxeurs professionnels de haut niveau qui sont complètement carencés. C’est un problème, les boxeurs qui font du « yoyo », à qui on exige une perte de poids importante juste avant le combat. Parfois, ils ne sont pas dans la bonne catégorie. Au lieu de se « tuer » pour être dans la catégorie inférieure, peut-être qu’il vaut mieux être à son poids de forme.

Un problème de culture

Il faudrait opérer un changement de culture, ne pas faire des combats à tout prix. Quand un boxeur est pesé 1,5kg au-dessus de la limite, il faut lui dire de rentrer chez lui. Et non pas le faire sauter à la corde pour perdre 1,5kg d’eau pour monter sur le ring déshydraté et se mettre en danger.

Dans la culture actuelle, on veut des guerriers, les entraînements sont faits pour endurcir les boxeurs. Il faut garder la raison et réaliser que ce n’est que du sport. Aucune médaille, aucun titre ne mérite de mettre en danger la vie d’un homme.

Que faire pour mieux protéger les boxeurs 

Si l’on veut essayer de boxer dans des conditions acceptables, il faudrait que tous les intervenants (entraîneurs, arbitres, délégués de réunion…) comprennent que leur premier rôle est de préserver la santé du boxeur. Parce que lui ne le fera pas spontanément, sinon il ne monterait pas sur le ring. Pour pratiquer un sport de combat, on ne peut pas être raisonnable. Les boxeurs sont tellement passionnés qu’il faut en prendre soin. Et on ne peut même pas dire qu’ils font tous ces sacrifices pour être riche. Dans notre pays, on ne vit pas de la boxe.

Prichard Colon vs Terrell Williams ©Suzanne Teresa/PBC

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