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Une histoire de rounds

Depuis 1983, les championnats du monde masculins sont limités à 12 reprises de trois minutes afin de réduire les risques pour les boxeurs, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Par ailleurs, les femmes – n’ayant accédé à la compétition qu’en 1997- ne bénéficient quant à elles que de dix reprises de deux minutes maximum. Cette différence de traitement est de moins en moins acceptée par les principales intéressées, qui y voient une forme de discrimination.

Le dernier combat au finish
Joe Jeannette vs Sam McVea, le dernier combat au finish de France

Si l’on remonte aux origines de la boxe dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, les matchs n’ont alors pas de durée prédéfinie. Les London Prize Ring Rules établies en 1743 par Jack Broughton n’admettent que la victoire au «  finish  », c’est-à-dire par K.-O. ou abandon. C’est dans ce cadre que le 6 avril 1893, Andy Bowen et Jack Burke se battent durant 110 rounds – soit 7 heures et 19 minutes – avant que le match nul ne soit déclaré  !

Queensberry rules

Écrites en 1865, les Règles du marquis de Queensberry permettent pour la première fois la décision aux points, en plus du K.-O. et de l’abandon, pour nommer le vainqueur. Cependant, cette nouvelle codification pugilistique ne s’impose progressivement au monde de la boxe qu’à partir de la fin du XIXe siècle, non sans mal. Le 17 avril 1909 à Paris, Joe Jeannette et Sam McVea s’affrontent pendant quarante-neuf rounds – soit 2 heures et 27 minutes – jusqu’à l’abandon de McVea, totalement défiguré. Dans le coin des deux boxeurs, on manipule seringues et oxygène artificiel à chaque minute de repos pour qu’ils tiennent la distance. Au milieu du public, l’écrivain Tristan Bernard dit n’avoir jamais rien vu d’aussi angoissant de sa vie. Ce sera le dernier match au «  finish  » organisé en France, la durée du combat variant désormais de 15 à 20 rounds. 

Le round de trop

À partir des années 60, les fédérations s’accordent en fixant la durée maximale des championnats du monde à 15 reprises. Mais en 1983, le boxeur sud-coréen Duk-koo Kim tombe sous les coups de Ray « Boom Boom » Mancini au 14e round. Il meurt quelques heures plus tard à l’hôpital des suites d’une commotion cérébrale. Effondrés, sa mère se suicide et Mancini annonce qu’il compte arrêter la boxe. Devant la campagne anti-boxe provoquée par l’événement, les fédérations se voient obligées de réduire la durée maximale des championnats à 12 reprises, quand des boxeurs comme Jean-Claude Bouttier protestent que « la boxe est un choix, celui de l’aventure ». La réduction progressive du nombre maximum de rounds répond en fait à une sensibilité croissante de la société face aux dangers du noble art.

Quid des boxeuses ?

« Si on a décidé de boxer, ce n’est pas pour être protégées » lance la canadienne Kim Clavel au journal La Presse en 2015. Contrairement à leurs homologues masculins, les boxeuses professionnelles ne peuvent dépasser les dix reprises de deux minutes. Du point de vue des fédérations, cette mesure vise à protéger leur santé, car elles seraient plus fragiles que les boxeurs. A la demande de la WBC, une étude menée en 2014 par l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles) a en effet montré que les femmes ont 80% de risques de commotion cérébrale de plus que les hommes. Interrogé par le média américain The Athletic, le professeur Mike Loosemore – consultant principal en médecine du sport et de l’exercice au Centre pour la santé et la performance humaine (CHHP) et médecin-chef de l’équipe olympique de la Grande-Bretagnea cependant contesté ces chiffres, notamment parce qu’ils ont été établis entre autres à partir de sports de collision comme le rugby et le football américain. Or, rien ne prouve que ce qui vaut pour les rugbywomen ou les footballeuses américaines vaut également pour les boxeuses. Le professeur en veut pour preuve qu’il y a actuellement moins de commotions cérébrales chez les femmes que chez les hommes en boxe olympique. La boxe étant un sport de percussion, l’impact des coups que les combattantes reçoivent dépend de la force de leur adversaire. Or, selon l’Institut de recherche biomédicale des armées, organisme public français, “la force mesurée au niveau du haut du corps chez la femme serait de l’ordre de 40 à 60 % de celle mesurée chez l’homme”.

Estelle Mossely-Yoka © Karim De La Plaine

« Les femmes sont capables de tenir 3 minutes »

« De mon point de vue, cette différence n’a pas lieu d’être, je ne vois pas l’intérêt d’instaurer des rounds plus courts pour les femmes. Nous sommes capables de tenir 3 minutes, il suffit juste de travailler cette différence de temps à l’entraînement » estime Estelle Yoka Mossely. En outre, il est évident qu’avec plus de rounds d’une durée supérieure, les boxeuses prendraient davantage de temps pour développer leur boxe, de sorte que le nombre de coups ne serait pas multiplié de manière exponentielle. Donner aux femmes un temps de combat égal à celui des hommes leur permettrait par ailleurs de mettre en place des stratégies plus complexes et de mettre en valeur leur endurance, rendant ainsi leurs combats plus attractifs. Bénéficiant du même nombre de rounds que les hommes et d’une durée égale, on constate que les combattantes de l’UFC profitent d’une meilleure exposition que les boxeuses. Un traitement égal à celui des hommes pourrait donc être la clef pour que les femmes bénéficient de la même médiatisation, voire des mêmes bourses que leurs frères d’armes.

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