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8 mars 2021 : État des lieux de la boxe féminine

« La boxe est pour les hommes, à propos des hommes ; la boxe, c’est les hommes » écrivait Joyce Carol Oates en 1987. Qu’en est-il aujourd’hui ? La Journée internationale des droits des femmes est l’occasion de revenir sur l’évolution de la condition féminine au sein du monde de la boxe. 

Bien qu’il existe des traces de combats de femmes remontant au XVIIIe siècle, il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que la boxe féminine s’institutionnalise. Aux Etats-Unis, les premières licences féminines de boxe professionnelle sont délivrées dans les années 1970, mais ce n’est qu’en 1993 que les femmes obtiennent le droit de participer à des compétitions amateurs. L’accès au ring apparaît alors comme une étape importante de la lutte des femmes pour l’égalité des sexes. En 1997, la France autorise à son tour la compétition féminine jusqu’ici formellement interdite, tant au niveau amateur que professionnel. Dès lors, une équipe de France féminine est constituée, et des titres ne tardent pas à être remportés. Myriam Lamare devient ainsi la première Française championne du monde de boxe amateur en 2002 et professionnelle en 2004. Du côté de la boxe de loisir, le sociologue Fabrice Burlot indique que « de 1997 à 2006, [les effectifs féminins] ont été multipliés par six, quand la part des femmes est passée de 5,5 % des effectifs totaux à 16,8 % en 2006 ». Les Jeux olympiques ne s’ouvrent cependant à la boxe féminine qu’en 2012 et c’est quatre ans plus tard qu’Estelle Mossely y remporte la première médaille d’or pour la France. 

Résistances et discriminations

Myriam Lamare © Pure People

« Les filles font du sac, pas de sparring » a répliqué René Cordier à Anne-Sophie Mathis alors qu’elle débutait au club de Dombasle boxe. L’ancienne championne du monde unifiée des super-légers, s’est confiée à nous sur les difficultés auxquelles elle a dû faire face en tant que femme durant sa carrière. Le développement de la boxe féminine tient davantage du parcours du combattant que du long fleuve tranquille.  Ce n’est qu’après l’avoir soumise à l’épreuve du feu face à l’expérimenté Reda Saad, que l’entraîneur a accepté presque à contre-coeur de la prendre sous son aile. « Aujourd’hui on en rigole, mais à l’époque il avait honte qu’une fille l’ait fait saigner du nez, qui plus est devant son père. C’est là que ma carrière a démarré et que j’ai pu prendre une licence ». On pourrait croire qu’après avoir fait ses preuves, les discriminations cesseraient pour la boxeuse.

Le 2 décembre 2011 à Albuquerque, la Lorraine défait l’américaine Holly Holm par K.-O au 7e round. En récompense, la multiple championne du monde est censée recevoir les prestigieux Gants d’or des mains de Jean-Claude Bouttier, manquant à l’appel. « Il a refusé parce que je suis une femme. Il est de la vieille école : pour lui, une femme n’a pas à boxer » déplore la super-léger. 

« Une femme touche dix fois moins qu’un homme »

Outre les comportements sexistes qu’elles peuvent subir, les boxeuses ne sont pas traitées sur un pied d’égalité avec leurs homologues masculins. D’après Anne-Sophie Mathis, « elles n’ont pas la même taille de vestiaire, pas la même qualité d’équipements, etc. ». Ces différences de traitement ont nécessairement des conséquences sur la performance des boxeuses, ne serait-ce que parce qu’elles se sentent moins respectées que les hommes. 

Au-delà de ça, leurs bourses sont beaucoup moins élevées et couvrent à peine leurs frais d’entraînement. « Pour vous donner un ordre de grandeur, un championnat du monde masculin rapporte en moyenne 300 000 euros. Moi je touchais dix fois moins alors que j’étais une des boxeuses les mieux payées. La majorité des filles ne touchaient que dix mille euros pour un championnat du monde, et je sais que ça n’a pas beaucoup changé » raconte la championne. Si l’on peut considérer que les femmes travaillent en moyenne près de deux mois par an bénévolement en regard de l’inégalité salariale avec les hommes, c’est près de dix mois pour les boxeuses. Comment faire pour réduire cet écart ?

« Si on a décidé de boxer, ce n’est pas pour être protégées »

« La médiatisation en premier lieu. Prenez l’exemple de Regina Halmich. Lors d’une émission télévisée, elle a défié le présentateur. Il l’a prise au mot et quelques temps après, ils ont mis les gants en direct. Il a pris une sacrée branlée. Tout le monde a été impressionné et sa carrière médiatique a décollé. Sur les affiches, c’est elle qui était en gros et les mecs en petit. Dix mille personnes venaient à ses championnats du monde, rien que pour elle. Elle n’était pas meilleure qu’une autre mais elle avait la médiatisation dont on a besoin pour mener une carrière sportive. A chacun de ses combats, il y avait une émission avant, pendant et après qui lui était consacrée. Ça a fait d’elle la plus grande boxeuse allemande de tous les temps » analyse Anne-Sophie Mathis. Mais pour que les femmes bénéficient de la même médiatisation que les hommes, ne faudrait-il pas qu’elles combattent dans les mêmes conditions que ceux-ci ?

 « Si on a décidé de boxer, ce n’est pas pour être protégées » lance la canadienne Kim Clavel au journal La Presse en 2015. Contrairement à leurs homologues masculins, les boxeuses professionnelles ne peuvent dépasser les dix reprises de deux minutes. Du point de vue des fédérations, cette mesure vise à protéger leur santé, car elles seraient plus fragiles que les boxeurs. A la demande de la WBC, une étude menée en 2014 par l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles) montre en effet que les femmes ont 80% de risques de commotion cérébrale de plus que les hommes. Interrogé par le média américain The Athletic, le professeur Mike Loosemore – médecin-chef de l’équipe olympique de la Grande-Bretagnea cependant contesté ces chiffres, notamment parce qu’ils ont été établis entre autres à partir de sports de collision comme le rugby et le football américain. Or, rien ne prouve que ce qui vaut pour les rugbywomen ou les footballeuses américaines vaut également pour les boxeuses. Le professeur en veut pour preuve qu’il y a actuellement moins de commotions cérébrales chez les femmes que chez les hommes en boxe olympique. La boxe étant un sport de percussion, l’impact des coups que les combattantes reçoivent dépend de la force de leur adversaire. Or, selon l’Institut de recherche biomédicale des armées, organisme public français, « la force mesurée au niveau du haut du corps chez la femme serait de l’ordre de 40 à 60 % de celle mesurée chez l’homme ».

“Les femmes sont capables de tenir 3 minutes”

Championnat du monde entre Terri Harper vs Natasha Jonas, le 7 aôut 2020. © Mark Robinson / Matchroom Boxing

« De mon point de vue, cette différence n’a pas lieu d’être, je ne vois pas l’intérêt d’instaurer des rounds plus courts pour les femmes. Nous sommes capables de tenir 3 minutes, il suffit juste de travailler cette différence de temps à l’entraînement » nous explique Estelle Yoka Mossely. En outre, il est évident qu’avec plus de rounds d’une durée supérieure, les boxeuses prendraient davantage de temps pour développer leur boxe, de sorte que le nombre de coups ne serait pas multiplié de manière exponentielle. Donner aux femmes un temps de combat égal à celui des hommes leur permettrait par ailleurs de mettre en place des stratégies plus complexes et de mettre en valeur leur endurance, rendant ainsi leurs combats plus attractifs. Bénéficiant du même nombre de rounds que les hommes et d’une durée égale, on constate que les combattantes de l’UFC profitent d’une meilleure exposition que les boxeuses. Un traitement égal à celui des hommes pourrait donc être la clef pour que les femmes bénéficient de la même médiatisation, voire des mêmes bourses que leurs frères d’armes.

Cet article est un extrait du magazine Dans le Ring

Cet article comporte 1 commentaire

  1. Cet article est très intéressant, comme vous le dites les femmes sont tout à fait capable de faire des rounds de 3 minutes (ce qu’elles font déjà à l’entraînement pour la plus part dans les groupes mixtes). Nous pourrions également évoquer le manque d’engagement des sponsors vers les athlètes féminines ou encore le manque de combats féminins par événements (peut on espérer voir un jour deux ou trois combats combats féminin dans un gala?). Nous avons de très grands espoirs féminins, à nous de les soutenir ces athlètes comme elles le méritent.

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